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Une histoire de cousin

Une histoire de cousin - Nancy Crisler

J’avais un cousin qui, quand j’étais jeune, ne venais jamais à la plage avec nous. Il avait un problème de peau qui l’empêchait de s’exposer au soleil trop longtemps. Le peu de fois où je l’avais vu venir avec nous, et se mettre en maillot de bain pour nager, je remarquais des tas de taches brunes peau, de la tête aux pieds. Elles avaient tendance à devenir un peu plus foncées, à chaque fois qu’il s’exposait un peu trop au soleil, quand d’autres finissaient par apparaître. Je ne savais pas trop à ce moment-là, s’il fallait le plaindre, ou estimer que ce n’était qu’un petit désagrément. Je savais simplement que quelques années plus tard, son cas ne s’était pas amélioré, au point qu’il envisageait d’utiliser une technique toute nouvelle qui consistait à effacer les taches par le biais d’un laser. Lui qui avait plusieurs cartes géographiques sur le front, il venait nous rendre visite le jour de Noël avec un front complètement lissé. Pas une tâche, pas une ride. On aurait dit un morceau de marbre. Il paraissait comme devenu quelqu’un d’autre. Il est vrai qu’aucun de nous n’avait fait l’effort de se taire ne serait-ce qu’une fois à propos de ces taches. Aujourd’hui, il n’y avait plus rien à dire.

Il avait continué son traitement laser jusqu’à ce qu’il ne subsiste aucune tâche sur son corps. Il était devenu complètement glabre. Si je ne le connaissais pas, j’aurais dit qu’il soulevait en moi une sorte de malaise mélangé à de l’inquiétude. Il paraissait sortir d’un film de science-fiction douteux. Il devait toujours se prémunir du soleil et ne jamais s’exposer trop longtemps. Quelques mois plus tard, il se fiançait avec une femme qu’il avait rencontrée à son travail. Elle était d’origine africaine. Tous les deux, ils paraissaient ressembler à deux touches de piano. Sa mère en faisait des gorges chaudes, et n’appréciait pas du tout de voir son fils se coltiner avec une dame de couleur. Elle lui avait trouvé mille et un défauts, tous imaginaires. Quand elle eut à l’esprit d’invoquer pour la première fois sa couleur de peau comme tare, un de mes petits cousins lui soulignait tout simplement qu’elle n’était pas plus brune que la plupart des taches que son fils avait fait disparaître de sa peau. Comme elle en avait pas mal elle-même, nous nous amusions pendant plusieurs jours à lui soumettre l’idée de ses origines africaines qu’elle reniait. Elle n’était vraiment pas contente.

À propos de l’auteur :

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Étudiante en psychologie à l’université, j’ai ouvert ce blogue au départ pour un travail de session mais ce blogue s’est vite transformé en véritable passion. Dorénavant, vous pouvez me lire au quotidien: non seulement sur mes réflexions liées à mes études mais aussi sur mon quotidien. J’y parle de quoi? Eh bien, de tout et de rien : histoires de famille, immobilier, mode, sport, tourisme et j’en passe. Parce que oui, il y a tellement à parler et à partager. C’est là toute la beauté de la vie non? Bienvenue dans mon espace en ligne.